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le blog de Chrissy

Tout ce qu'une femme n'ose pas dire ouvertement, ses pensées, ses expériences, ses choix, ses opinions, ce qu'elle aime , ce qu'elle déteste...tout ceci sans être censurée ou corrigée par de pseudo lecteurs ...

KAKO DAMBREVILLE: portrait d'un poète

~~ « Un arbre endémique reste toujours dans son coin… »

« Papangue Héritage de liberté

Paysage métissé

Plane sur mes dunes… »

Tout ceux qui sont un jour, passé à l’Etang-Salé, dans ce petit village à l'île de la Réunion, ont pu lire ces quelques lignes très imagées, sur la place de la mairie.

Mais qui est donc ce Kako Dambreville qui a signé cette devise ?

Un professeur ? Un homme politique ? Un personnage connu ?... non, un homme secret…un arbre endémique comme il a coutume de le dire.

Figure emblématique de cette ville où il a élu domicile voilà plus de 30 ans, Kako, est un solitaire, il ne se livre pas, ou alors, prenez votre temps et lisez ses poèmes ; une véritable mine d’or ! Là, vous pouvez vous faire une idée de l’homme.

Aller chez lui, c’est déjà accepter de braver des difficultés, première barrière aux importuns ! Après avoir réussi à parquer ma voiture dans une rue étroite, me voilà descendant un sentier abrupt, longeant quelques maisons pour essayer de découvrir l’antre de ce poète.

Il m’a dit : « Descendez dans ce sentier, vous me trouverez… » Mais où ? Comment vais-je le trouver ? Il y a bien quelques maisons ici et là, laquelle est-ce ?... Soudain, je sais, je ne me pose plus la question, je sais tout simplement … sur ma gauche, parmi la végétation abondante, se montre timidement, une maisonnette aux volets jaunes, bordée de majestueux cocotiers, une pelouse parsemée de plantes : fougères, palmiers, orchidées, fleurs sauvages…, une table sur la terrasse où trône un échiquier… C’est là, j’en suis sûre, que Kako abrite sa poésie. A peine cette pensée m’a-t-elle effleurée, que je distingue l’homme, coiffé de sa casquette, debout, m’observant entre les arbres.

Pas un sourire, pas un geste, il attend … Je m’avance vers lui, longeant un poulailler bien garni, une cuisine extérieure, accueillie par un semi pékinois qui joue les maitres de maison, et là, à l’ombre d’un manguier, je découvre l’artiste.

Short, et tee shirt, casquette de rigueur, Kako arbore un petit sourire narquois, comme pour dire : « alors, vous m’avez trouvé ! » J’ai l’impression d’être jugée, disséquée, observée par ces yeux inquisiteurs… Qui fait le portrait de l’autre ? Je me le demande soudain …

Il est midi passé, c’est lui qui a choisi l’heure, et une agréable odeur de cari me titille les narines. Il attrape son chien, le met dans son panier en osier, regarde son jardin en me disant : « il y a encore beaucoup de choses à faire ! Je voudrais planter ici, délimiter un sentier là, poser une clôture pour que le chien puisse avoir plus d’espace… » Et le voilà parti dans des explications sur l’aménagement de son terrain… il m’offre enfin un siège, sur la terrasse, là, s’ouvre sous mes yeux un panorama merveilleux, une tache bleue dans un écrin de verdure… l’Océan s’étire au loin rejoignant le firmament, mosaïque de bleu, dans la végétation luxuriante. Je sais alors quelle est la muse de Kako ! Il me sourit, et sentant sans doute mon âme amoureuse, il entre dans son repaire et en sort avec ses cahiers de poésies…

Nous passons l’heure suivante dans un autre monde, où il me transporte au gré de ses poèmes, dans son île tant aimée. Kako écrit, certes, il aime ça, mais ce qu’il aime encore plus je crois, c’est déclamer sa poésie dans la nature cherchant une oreille attentive, un cœur qui saura apprécier à sa juste valeur les sujets abordés : la femme, les gens, leur caractère surtout, les animaux, son île… souvent c’est la fable qu’il choisit pour exposer au monde qui l’entoure sa propre morale, sa vision des choses. En quête d’authenticité, il reste en contact avec la nature, il ne veut pas perdre ses « sources » qu’il sent en lui, préserver les vieux dictons, préserver son caillou c’est son chemin.

Mais, soudain, il s’arrête, et me dit : « Un petit cari de baba figue, ça vous tente ? » Avant même d’entendre ma réponse, il ramène deux assiettes, et me fait signe de le suivre dans sa vielle cuisine au bois où le parfum subtil des épices se mélange au charme suranné de l’âtre improvisé dans un coin, où la modernité de la marmite à riz électrique côtoie les braises incandescentes où repose la marmite de cari, noire de suie… Nous nous servons sans autre forme de procès et Kako m’entraine à l’intérieur de sa maison, là où il fait frais.

Il installe une nappe, me propose à boire et nous nous asseyons pour déguster ce plat…. Dé-li-cieux !!!! A nouveau, Kako sourit, il avoue adorer la cuisine, il a d’ailleurs été cuisinier à Mafate … mais ça c’est une autre vie !

Kako est un épicurien dans l’âme, à la recherche du plaisir à travers ses écrits, sa cuisine, son jardin, mais aussi ses nombreuses marches dans la nature… il sillonne l’île du battant des lames au sommet des montagnes, parcourant des kilomètres, s’arrêtant çà et là pour déclamer sa poésie aux enfants isolés dans leurs cirques. Peut-être l’avez-vous déjà croisé au détour d’un sentier, accompagné de son chien, se préparant pour le semi raid.

Il doit presque me mettre à la porte pour que je consente enfin à abandonner ce havre de paix , cet homme différent , qui vit en marge de la société, sans revendiquer, sans juger, juste pour son bien être, en accord avec sa philosophie… Je jette un dernier regard à la maisonnette, aux murs décorés de quelques instruments de musique, de médailles gagnées lors de courses en montagne, ici, tout est calme et dépouillé, chaque chose est à sa place, le bonheur finalement se satisfait de peu… seule l’harmonie compte…

Kako Dambreville est un homme vrai, sincère, sachant évaluer qui vous êtes sans même vous parler, il se confie peu, mais si vous vous abandonnez, alors vous pouvez découvrir sa vie, reconnaitre la valeur de cet homme spontané au cœur généreux, il partage ce qu’il a et ne demande rien à personne. C’est vous qui aurez besoin de lui, telle une orchidée sauvage au milieu de la forêt, le découvrir m’a fait prendre conscience que la vie peut être simple quand on va à l’essentiel.

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À propos

Chrissy

L'humour, les mots j'en fais mon affaire...La langue de bois, je ne connais pas. Fatiguée d'être censurée, j'ai décidé de faire profiter, à ceux d'entre vous qui n'ont pas peur des mots, à ceux qui sont capables d'aller au-delà d'un paragraphe de lecture, de mes pensées, de mes élucubrations.
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